Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t1, 1887.djvu/324

Cette page a été validée par deux contributeurs.
298
ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


LA MUSE


Poète, prend ton luth ! La nuit, sur la pelouse,
Balance le zéphyr dans son voile odorant ;
La rose, vierge encor, se referme jalouse
Sur le frelon nacré qu’elle enivre en mourant.
Écoute ! tout se tait ; songe à ta bien-aimée.
Ce soir, sous les tilleuls, à la sombre ramée
Le rayon du couchant laisse un adieu plus doux ;
Ce soir, tout va fleurir : l’immortelle nature
Se remplit de parfums, d’amour et de murmure,
Comme le lit joyeux de deux jeunes époux.


LE POÈTE.

 

Pourquoi mon cœur bat-il si vite ?
Qu’ai-je donc en moi qui s’agite,
Dont je me sens épouvanté ?
Ne frappe-t-on pas à ma porte ?
Pourquoi ma lampe à demi morte
M’éblouit-elle de clarté ?
Dieu puissant ! tout mon corps frissonne.
Qui vient ? qui m’appelle ?… Personne.
Je suis seul ; c’est l’heure qui sonne.
Ô solitude ! ô pauvreté !


LA MUSE


Poète, prends ton luth ! Le vin de la jeunesse
Fermente, cette nuit, dans les veines de Dieu.
Mon sein est inquiet ; la volupté l’oppresse,
Et les vents altérés m’ont mis la lèvre en feu.