Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t1, 1887.djvu/205

Cette page a été validée par deux contributeurs.
183
VICTOR HUGO.


« Dans ces jours où la tête au poids des ans s’incline,
Où I’homme, sans projets, sans but, sans visions,
Sent qu’il n’est déjà plus qu’une tombe en ruine
Où gisent ses vertus et ses illusions ;

« Quand notre âme en rêvant descend dans nos entrailles
Comptant dans notre cœur, qu’enfin la glace atteint,
Comme on compte les morts sur un champ de batailles,
Chaque douleur tombée et chaque songe éteint ;

« Comme quelqu’un qui cherche, en tenant une lampe,
Loin des objets réels, loin du monde rieur,
Elle arrive à pas lents par une obscure rampe
Jusqu’au fond désolé du gouffre intérieur ;

« Et là, dans cette nuit qu’aucun rayon n’étoile,
L’âme en un repli sombre où tout semble finir,
Sent quelque chose encor palpiter sous un voile… —
C’est toi qui dors dans l’ombre, ô sacré souvenir ! »


(Les Rayons et les Ombres)
______



J’AI CUEILLI CETTE FLEUR




Jai cueilli cette fleur pour toi sur la colline.
Dans l’âpre escarpement qui sur le flot s’incline,
Que l’aigle connaît seul et peut seul approcher,
Paisible, elle croissait aux fentes du rocher.
L’ombre baignait les flancs du morne promontoire ;
Je voyais, comme on dresse au lieu d’une victoire
Un grand arc de triomphe éclatant et vermeil,
À l’endroit où s’était englouti le soleil,