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13 Voici le partage de l’homme impie devant Dieu, et l’héritage que le Tout-Puissant réserve pour les violents.

14 Quand ses enfants seraient en grand nombre, ils passeront tous au fil de l’épée, et ses petits-enfants ne seront point rassasiés de pain.

15 Ceux qui resteront de sa race seront ensevelis dans leur ruine, et ses veuves ne le pleureront point.

16 S’il fait un monceau d’argent comme de terre, s’il amasse des habits comme il ferait de la boue :

17 il est vrai qu’il les préparera ; mais le juste s’en revêtira, et l’innocent partagera son argent.

18 Il s’est bâti, comme le ver, une maison ; et il s’est fait une cabane, comme le gardien d’une vigne.

19 Lorsque le riche s’endormira en mourant, il n’emportera rien avec lui ; il ouvrira les yeux, et il ne trouvera rien.

20 Il sera surpris de la pauvreté comme d’une inondation d’eaux, il sera accablé de la tempête au milieu d’une nuit profonde.

21 Un vent brûlant le saisira et l’emportera, et l’enlèvera de sa place comme un tourbillon.

22 Dieu enverra sur lui plaie sur plaie, et ne l’épargnera point : il fera tout son possible pour s’enfuir de ses mains.

23 Celui qui verra le lieu d’où il est tombé, frappera des mains, et sifflera en lui insultant.



L’ARGENT a un principe et une source de ses veines, et l’or a un lieu où il se forme.

2 Le fer se tire de la terre ; et la pierre étant fondue par la chaleur se change en airain.

3 Il a borné le temps des ténèbres ; il considère lui-même la fin de toutes choses, et la pierre même ensevelie dans l’obscurité et dans l’ombre de la mort.

4 Le torrent divise d’avec le peuple voyageur et étranger, ceux que le pied de l’homme pauvre a oubliés, et qui sont hors de la voie.

5 La terre d’où le pain naissait comme de son lieu, a été renversée par le feu.

6 Le saphir se trouve dans ses pierres, et ses mottes sont de l’or.

7 L’oiseau a ignoré la route pour y aller, et l’œil du vautour ne l’a point vue.

8 Les enfants des marchands n’y ont point marché, et la lionne n’y a point passé.

9 L’homme a étendu sa main contre les rochers, il a renversé les montagnes jusque dans leurs racines.

10 Il a ouvert les pierres pour en faire sortir les ruisseaux, et son œil a vu tout ce qu’il y a de rare et de précieux.

11 Il a pénétré jusqu’au fond des fleuves, et il a produit au jour les choses les plus secrètes.

12 Mais où trouvera-t-on la sagesse ? et quel est le lieu de l’intelligence ?

13 L’homme n’en connaît point le prix, et elle ne se trouve point en la terre de ceux qui vivent dans les délices.

14 L’abîme dit, Elle n’est point en moi ; et la mer, Elle n’est point avec moi.

15 Elle ne se donne point pour l’or le plus pur, et elle ne s’achète point au poids de l’argent.

16 On ne la mettra point en comparaison avec les marchandises des Indes, dont les couleurs sont les plus vives, ni avec la sardonique la plus précieuse, ni avec le saphir.

17 On ne lui égalera ni l’or ni le cristal, et on ne la donnera point en échange pour des vases d’or.

18 Ce qu’il y a de plus grand et de plus élevé, ne sera pas seulement nommé auprès d’elle ; mais la sagesse a une secrète origine d’où elle se tire.

19 On ne la comparera point avec la topaze de l’Ethiopie, ni avec les teintures les plus éclatantes.

20 D’où vient donc la sagesse ? et où l’intelligence se trouve-t-elle ?

21 Elle est cachée aux yeux de tous ceux qui vivent ; elle est inconnue aux oiseaux mêmes du ciel.

22 La perdition et la mort ont dit : Nous avons ouï parler d’elle.

23 C’est Dieu qui comprend quelle est sa voie ; c’est lui qui connaît le lieu où elle habite.

24 Car il voit le monde d’une extrémité à l’autre, et il considère tout ce qui se passe sous le ciel.

25 C’est lui qui a donné du poids aux vents ; et c’est lui qui a pesé et mesuré l’eau.

26 Lorsqu’il prescrivait une loi aux pluies, lorsqu’il marquait un chemin aux foudres et aux tempêtes ;

27 c’est alors qu’il l’a vue, qu’il l’a découverte, qu’il l’a préparée, et qu’il en a sondé la profondeur.

28 Et il a dit à l’homme : La parfaite sagesse est de craindre le Seigneur, et la vraie intelligence est de se retirer du mal.



JOB prenant encore la parole, continua son discours, et dit :

2 Qui m’accordera d’être encore comme j’ai été autrefois, dans ces jours heureux où Dieu prenait lui-même soin de me garder ;

3 lorsque sa lampe luisait sur ma tête, et que dans les ténèbres je marchais à la lueur de sa lumière :

4 comme j’étais aux jours de ma jeunesse, lorsque Dieu habitait en secret dans ma maison,

5 lorsque le Tout-Puissant était avec moi, et toute ma famille autour de moi ;