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il vous épouvantera, et il vous accablera par la terreur de son nom.

12 Votre mémoire sera semblable à la cendre, et vos têtes superbes ne seront plus que comme de la boue.

13 Demeurez un peu dans le silence, afin que je dise tout ce que mon esprit me suggérera.

14 Pourquoi déchiré-je ma chair avec mes dents ? et pourquoi ma vie est-elle toujours comme si je la portais entre mes mains ?

15 Quand Dieu me tuerait, je ne laisserais pas d’espérer en lui ; et je m’accuserai néanmoins de toutes mes fautes en sa présence.

16 Et il sera lui-même mon Sauveur : car aucun hypocrite n’osera paraître devant ses yeux.

17 Rendez-vous donc attentifs à mes paroles, prêtez l’oreille aux vérités cachées que je vais vous dire.

18 Si ma cause était jugée, je sais que je serais reconnu innocent.

19 Qui est celui qui veut entrer avec moi en jugement ? Qu’il vienne : car pourquoi me laisserai-je consumer sans avoir parlé pour ma défense ?

20 Je vous demande, Seigneur ! seulement deux choses, et après cela je ne me cacherai point de devant votre face.

21 Retirez votre main de dessus moi, ne m’épouvantez point par la terreur de votre puissance.

22 Appelez-moi, et je vous répondrai ; ou permettez que je vous parle, et daignez me répondre.

23 Combien ai-je commis d’iniquités et de péchés ? Faites-moi voir mes crimes et mes offenses.

24 Pourquoi me cachez-vous votre visage ? et pourquoi me croyez-vous votre ennemi ?

25 Vous faites éclater votre puissance contre une feuille que le vent emporte, et vous poursuivez une paille sèche.

26 Car vous donnez contre moi des arrêts très-sévères ; et vous voulez me consumer pour les péchés de ma jeunesse.

27 Vous avez mis mes pieds dans les ceps ; vous avez observé tous mes sentiers, et vous avez considéré avec soin toutes les traces de mes pas :

28 moi qui dans un moment ne serai que pourriture, et qui deviendrai comme un vêtement mangé des vers.



L’HOMME né de la femme vit très-peu de temps, et il est rempli de beaucoup de misères.

2 II naît comme une fleur, qui n’est pas plutôt éclose qu’elle est foulée aux pieds ; il fuit comme l’ombre, et il ne demeure jamais dans un même état.

3 Et vous croirez, Seigneur ! qu’il soit digne de vous d’ouvrir seulement les yeux sur lui, et de le faire entrer en jugement avec vous ?

4 Qui peut rendre pur celui qui est né d’un sang impur ? n’est-ce pas vous seul qui le pouvez ?

5 Les jours de l’homme sont courts ; le nombre de ses mois et de ses années est entre vos mains ; vous avez marqué les bornes de sa vie, et il ne peut les passer.

6 Retirez-vous donc un peu de lui, afin qu’il ait quelque repos, jusqu’à ce qu’il trouve comme le mercenaire la fin désirée de tous ses travaux.

7 Un arbre n’est point sans espérance : quoiqu’on le coupe, il ne laisse pas de reverdir, et ses branches poussent de nouveau.

8 Quand sa racine serait vieillie dans la terre, quand son tronc desséché serait mort dans la poussière,

9 il ne laissera pas de pousser aussitôt qu’il aura senti l’eau, et il se couvrira de feuilles comme lorsqu’il a été planté.

10 Mais quand l’homme est mort une fois, que son corps séparé de son esprit est consumé, que devient-il ?

11 De même que si les eaux d’une mer ou d’un lac se retiraient, et si les fleuves abandonnant leur lit se séchaient ;

12 ainsi quand l’homme est mort une fois, il ne ressuscitera point jusqu’à ce que le ciel soit consume et détruit ; il ne se réveillera point, et il ne sortira point de son sommeil.

13 Qui pourra me procurer cette grâce que vous me mettiez à couvert, et me cachiez dans l’enfer, jusqu’à ce que votre fureur soit entièrement passée, et que vous me marquiez un temps où vous vous souviendrez de moi ?

14 L’homme étant mort une fois, pourrait-il bien vivre de nouveau ? Dans cette guerre où je me trouve tous les jours de ma vie, j’attends que mon changement arrive.

15 Vous m’appellerez, et je vous répondrai ; vous tendrez votre main droite à l’ouvrage de vos mains.

16 Je sais que vous avez compté tous mes pas : mais pardonnez-moi mes péchés.

17 Vous avez mis mes offenses eu réserve comme dans un sac cacheté ; mais vous avez guéri mon iniquité.

18 Comme une montagne se détruit en tombant, et comme un rocher est arraché de sa place ;

19 comme les eaux cavent les pierres, et comme l’eau qui bat contre la terre la consume peu à peu : c’est ainsi que vous perdez l’homme.

20 Vous l’avez affermi pour un peu de temps, afin qu’il passât ensuite pour jamais ; vous changerez son visage, et vous le ferez sortir de ce monde.

21 Que ses enfants soient dans l’éclat, ou dans l’ignominie, il ne connaîtra ni l’un ni l’autre.