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PRÉFACE


Jules Lemaître a beaucoup aimé les enfants. Il eut lui-même, lorsqu’il fut professeur à Grenoble, une petite fille, Madeleine, qui mourut au bout d’un mois et dont il ne se consola jamais.

Plus tard il devint un parrain multiple et délicieux. Tout le monde connaît les contes charmants écrits pour ses filleules et ses filleuls, comme les Idées de Liette, les Amoureux de la Princesse Lilli, Boun, cette étrange petite fille de Bagdad, et celui en marge des Contes de Perrault, le Lapin blanc et les Trèfles à quatre feuilles.

À Paris, dans son grand atelier de la rue d’Artois, tapissé de l’or pâli des précieuses reliures, Jules Lemaître se plaisait à recevoir des enfants, les comblait de gâteaux et de sucreries et ouvrait pour eux un bahut mystérieux de sa bibliothèque, qui répandait alors sur le tapis les jouets les plus inattendus, collectionnés avec presque autant d’amour que les livres.

C’est ainsi qu’il fut amené à écrire un Alphabet. Il le commença l’été de 1913, à Royan, où il fit un assez long séjour. Il en chercha les sujets en se promenant à petits pas, — il était déjà très essoufflé, — entre les pins et la mer, et le soir il racontait ses contes, pour les « essayer », à mes neveux africains, riant avec eux, ou disant, déçu