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— Que c’est beau ! madame, que c’est beau ! répétait toujours le Prince charmant, qui regardait de tous ses yeux et prenait en hâte de rapides croquis pour son album.

— Qui donc entretient tout ça, madame ? interrogea Violette toujours pratique.

Pour une fois, Mme Folette manqua d’aménité. Sa figure se ferma, son regard se fit glacial, et elle se tut.

Violette ne savait plus où se cacher.

— Maintenant, fit Folette en reprenant sa belle humeur, venez voir mes oiseaux.

Ce fut le couronnement de la journée.

Toute une partie du parc entourée d’un fin grillage formait comme une immense volière où caquetait un monde multicolore et reluisant.

Des paons, fiers de leurs traînes luisantes et ruisselantes comme des cascades, se promenaient majestueusement sur le sol tels des duchesses qui vont prendre leur tabouret à la cour. Ils regardaient les visiteurs de l’œil bête et satisfait qui éclaire leur petite tête de couleuvre.

Çà et là piaillaient les capucins au froc austère, jaloux des canaris, des colibris, des oiseaux-mouches et des perruches qui semblaient s’être costumés pour un bal de mi-carême après avoir dévalisé les marchandes à la toilette.

Là-bas, au bord d’un autre bassin, à demi caché dans les buis taillés, naviguaient des cygnes au regard courroucé. Leur bec en feuille d’acanthe couronnait harmonieusement la petite gondole vivante que leur corps de neige figurait sur le miroir des eaux.

L’œil morne et le bec triste, un cormoran attendait vainement l’heure de la marée prometteuse de poisson. Des mouettes captives voletaient, cotonneuses. Un héron dormait sur ses échasses comme un berger des Landes. Et des canards de Barbarie lissaient du bec leurs magnifiques robes de plumes huileuses sur lesquelles les gouttes d’eau glissaient en colliers de perles.

— Que c’est beau ! que c’est beau ! s’écrièrent cette fois les enfants.

Et l’oiseau bleu, flatté, dominant le pépiement des volières, reprit comme dans un chœur antique :

— Qu’il est beau, coco, qu’il est beau, qu’il est beau, coco !

Après avoir laissé ses visiteurs contempler ce spectacle pendant un quart d’heure et les avoir priés de revenir, Folette donna le signal du départ. Elle était lasse. Son esprit vagabondait. Désireuse d’être aimable jusqu’à la fin, elle tira sa révérence et elle chanta à peu près comme au premier jour :

Dansons pour les mariés,
Boisgarnier des Aubiers,
Seront en noces alliés,
Avant le mois de janvier.
Quié !

Puis elle rentra dans le moulin des merveilles.

· · · · · · · · · · · · · · · · · · ·

Le Prince charmant salua les enfants sans mot dire et reprit la route du bourg tandis que Violette et Pierre regagnaient leurs demeures.

Ils bavardaient sans trêve sur les événements de cette journée incohérente, qui ne leur avait pas, hélas ! donné la clef de l’énigme du passé de Folette. Le dernier couplet