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Que faire ? se demanda Pierre. Ah ! Il avait trouvé. Une idée admirable, à son avis, venait de surgir dans son cerveau. On a vu qu’il avait la manie du déguisement. Ne convenait-il vas d’être vêtu de la meilleure manière du monde pour évoluer dans le singulier domaine qu’il venait de découvrir, pour se montrer dignement aux yeux de Mme Folette, pour pénétrer dans la forêt enchantée ? Mais si. Bien sûr !

— Violette, t’aurais pas des beaux habits ?

Violette se rengorgea.

— Oh ! beaucoup plus beaux que ceux que tu avais mis tout à l’heure. Chez nous, c’est mieux que ceux des armoires de Vimpelles. C’est des vraiment vrais, des beaucoup plus anciens…

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Le donjon des Aubiers était en effet le royaume du bric-à-brac. Dans cette salle du guet, transformée en grande salle où s’étaient aventurés les enfants, les vestiges des siècles morts, qui sont autant de souvenirs des générations abolies, autant de parasites attachés héréditairement aux vieilles demeures, dormaient sous une couche veloutée de poussière.

Dans des mailles couvertes de cuir encore velu, dans des armoires normandes aux frontons dégradés, Violette chercha fortune au milieu des défroques les plus étranges qui se puissent concevoir.

Hélas ! de petits cris stridents lui marquèrent alors qu’elle dérangeait bien du monde. Dans la pénombre, Pierre vit avec quelque étonnement s’effaroucher en un vol cotonneux et mou des chiffons noirs que couronnait une petite tête de vampire… Sans bruit, ces petites choses laides se replièrent et s’agrippèrent au plafond où elles s’apaisèrent, immobiles comme des pruneaux ridés, roulés dans la poussière.

L’enfant frissonna un peu.

— T’étonne pas, fit Violette. C’est des chauves-souris. Mais regarde donc les beaux habits !

Tudieu ! Dans les bas-fonds des meubles ancestraux, Pierre aperçut des merveilles, de véritables hardes de choix, laissant bien loin derrière eux ses oripeaux de la veille.

Ah ! croyez-le bien… le déguisement fut rapide. Un casque de voltigeur, un justaucorps de garde du Roi, une hache qui se reposait dans un coin du donjon de ses prouesses guerrières lui permirent de se muer incontinent en héros.

— Me voici en Don Quichotte ! s’écria-t-il.

— Eh bien ? et moi ?

— Oh ! comme tu es belle !

De fait, Violette avait exhumé d’une armoire une bien belle robe empire, avec manches à gigot, de zinzolin bleu céleste, que les ans, il est vrai, avaient quelque peu délavée.

— Tu trouves ? Mais je ne peux pas sortir comme ça !

— Écoute, fit gravement Pierre, tu ressembles à la princesse qui avait une robe couleur du jour et qui la cachait sous une peau d’âne. Même, tu le sais bien, c’est Peau d’Âne qu’on l’appelait, tu sais. Avant de venir, je croyais un peu que tu étais Peau d’Âne ! Tu vas devenir comme elle, et peut-être bien qu’il nous arrivera de très belles choses. Tiens, mets donc ça sur toi. Je serai Don Quichotte, et toi tu seras Peau d’Âne.

Avisant une descente de lit miteuse