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« Donc, j’étais ruiné. Ma femme, que je n’avais voulu tenir au courant d’aucun de mes espoirs, en ignorait l’avortement, et j’allais tout lui révéler, quand un hasard dirigea mon attention sur les causes qui avaient provoqué ma ruine. Je me renseignai, je surveillai Sourdenal, je recueillis certaines informations sur lui, j’appris certains faits équivoques, et peu à peu, en quelques jours, pas davantage, — car je fus aidé par des circonstances que je dois laisser dans l’ombre — je me rendis compte que j’avais été trahi.

— Trahi ?

— Oui.

— Par Sourdenal ?

— Sourdenal n’avait été qu’un instrument.

— Entre les mains de qui ?

— De Jean d’Orsacq. »

Ces mots furent lancés dans un élan d’offensive nouvelle et avec un air de défi. Et sans attendre que le comte relevât ce défi, Bernard reprit :

« Et c’est pourquoi, Jean, je t’ai accusé de mensonge, quand tu as dit que tu ignorais au nom de qui cette affaire t’avait été proposée par Sourdenal. Dès le début, Sourdenal m’a prévenu qu’il t’avait confié mon nom et que c’était toi, au contraire, qui voulais rester dans l’ombre. Pourquoi ce désir puisque nous étions camarades de lycée, et qu’une rencontre fortuite nous avait remis en présence l’un de l’autre, il y a huit mois ? Pourquoi ? Je l’ai su quand je ne pouvais plus remonter le courant. C’est toi qui as manœuvré contre mon affaire, qui as fait attaquer le brevet, mon brevet, dans les journaux financiers, toi enfin qui, ayant racheté au préalable toutes les actions, les as jetées d’un coup sur le marché, provoquant la panique.

— Mais tu es fou ! tu es fou ! s’écria d’Orsacq. Faire baisser des actions que j’aurais rachetées en sous-main, c’était jouer contre moi.

— Peut-être, mais contre moi d’abord, et c’était cela surtout qui t’importait.