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loppa de fourrures et se fit conduire, par les routes désertes, jusqu’à son garde-meuble de Neuilly, où il laissa le chauffeur. Un taxi le ramena dans Paris et l’arrêta près de Saint-Philippe-du-Roule.

Il possédait, non loin de là, rue Matignon, à l’insu de toute sa bande, sauf de Gilbert, un entresol avec sortie personnelle.

Ce ne fut pas sans plaisir qu’il se changea et se frictionna. Car, malgré son tempérament robuste, il était transi. Comme chaque soir en se couchant, il vida sur la cheminée le contenu de ses poches. Alors seulement il remarqua près de son portefeuille et de ses clefs l’objet que Gilbert, à la dernière minute, lui avait glissé dans les mains.

Et il fut très surpris. C’était un bouchon de carafe, un petit bouchon en cristal, comme on en met aux flacons destinés aux liqueurs. Et ce bouchon de cristal n’avait rien de particulier. Tout au plus Lupin observa-t-il que la tête aux multiples facettes était dorée jusqu’à la gorge centrale. Mais, en vérité, aucun détail ne lui sembla de nature à frapper l’attention.

— Et c’est ce morceau de verre auquel Gilbert et Vaucheray tenaient si opiniâtrement ! Et voilà pourquoi ils ont tué le domestique, pourquoi ils se sont battus, pourquoi ils ont perdu leur temps, pourquoi ils ont risqué la prison… les assises… l’échafaud !… Bigre, c’est tout de même cocasse !…

Trop las pour s’attarder davantage à l’examen de cette affaire, si passionnante qu’elle lui parût, il reposa le bouchon sur la cheminée et se mit au lit.

Il eut de mauvais rêves. À genoux sur les dalles de leurs cellules Gilbert et Vaucheray tendaient vers lui des mains éperdues et poussaient des hurlements d’épouvante.

— Au secours ! Au secours !… criaient-ils.

Mais malgré tous ses efforts il ne pouvait pas bouger. Lui-même était attaché par des liens invisibles. Et tout tremblant, obsédé par une vision monstrueuse, il as-