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Marescal n’était pas un poltron. En mainte occurrence, il avait fait preuve d’une audace peu commune et n’avait pas craint de s’attaquer à deux ou trois adversaires.

Mais celui-là était un adversaire comme il n’en avait jamais rencontré, qui agissait avec des moyens spéciaux et avec lequel il se sentait dans un état permanent d’infériorité. Il resta donc sur la défensive, tandis que Raoul, très calme, disait à la jeune fille, d’un ton sec :

— Posez vos quatre lettres sur le coin de la cheminée… Il y en a bien quatre dans cette enveloppe ? Une… deux… trois… quatre… Bien. Maintenant filez vite par le couloir, et adieu. Je ne pense pas que les circonstances nous remettent jamais l’un en face de l’autre. Adieu. Bonne chance.

La jeune fille ne dit pas un mot et s’en alla.

Raoul reprit :

— Comme tu le vois, Rodolphe, je connais peu cette personne aux yeux verts. Je ne suis ni son complice, ni l’assassin qui t’inspire une frousse salutaire. Non. Simplement un brave voyageur à qui ta binette de pommadé a déplu dès la première minute et qui a trouvé rigolo de t’arracher ta victime. Pour moi, elle ne m’intéresse plus, et je suis décidé à ne plus m’occuper d’elle. Mais je ne veux pas que tu t’en occupes. Chacun sa route. La tienne à droite, la sienne à gauche, la mienne au milieu. Saisis-tu ma pensée, Rodolphe ?