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— Fais ton compte. As-tu un stylo ? Non ? Alors, si tu n’as pas l’intention de coucher en face du tram, débarrassons la voie.

Il tendit la main à la jeune fille qui la refusa pour descendre, et qui attendit sur la route.

Cependant les voyageurs s’impatientaient. Le conducteur criait. Dès que la voie fut libre, le tramway s’ébranla.

Raoul, qui aidait l’homme à pousser l’auto, lui disait impérieusement :

— Tu as vu comment j’opérais, hein mon vieux ? Eh bien, si tu te permets encore d’embêter la demoiselle, je te livre à la justice. C’est toi qui as combiné le coup du rapide et qui as étranglé l’Anglaise.

L’homme se retourna, blême. Dans sa face velue, à la peau déjà crevassée de rides, les lèvres tremblaient. Il bégaya :

— Mensonge… j’y ai pas touché…

— C’est toi, j’ai toutes les preuves… Si tu es pincé, c’est l’échafaud… Donc, décampe. Laisse-moi ta bagnole. Je la ramène à Nice avec la jeune fille. Allons, ouste !

Il le bouscula d’un coup d’épaule irrésistible, sauta dans la voiture et ramassa le violon enveloppé. Mais un juron lui échappa :

— Bon sang ! elle a filé.

La demoiselle aux yeux verts n’était plus sur la route en effet. Au loin le tramway disparaissait. Profitant de ce que les deux adversaires se disputaient, elle avait dû s’y réfugier.

La colère de Raoul retomba sur l’homme.

— Qui es-tu ? Hein ! tu la connais, cette femme ? Quel est son