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Il resta donc toute la journée sous la bâche de son wagon, tandis que le train de marchandises filait vers le sud, parmi les campagnes ensoleillées. Il rêvassait béatement, croquant des pommes pour apaiser sa faim, et, sans perdre son temps à bâtir de fragiles hypothèses sur la jolie demoiselle, sur ses crimes et sur son âme ténébreuse, savourait les souvenirs de la bouche la plus tendre et la plus exquise que sa bouche eût baisée. Voilà l’unique fait dont il voulait tenir compte. Venger l’Anglaise, punir la coupable, rattraper le troisième complice, rentrer en possession des billets volés, évidemment, c’eût été intéressant. Mais retrouver des yeux verts et des lèvres qui s’abandonnent, quelle volupté !

L’exploration de la sacoche ne lui apprit pas grand’chose. Listes de complices, correspondance avec des affiliés de tous pays… Hélas ! miss Bakefield était bien une voleuse, comme le montraient toutes ces preuves que les plus adroits ont l’imprudence de ne pas détruire. À côté de cela des lettres de lord Bakefield où se révélaient toute la tendresse et l’honnêteté du père. Mais rien qui indiquât le rôle joué par elle dans l’affaire, ni le rapport existant entre l’aventure de la jeune Anglaise et le crime des trois bandits, c’est-à-dire, somme toute, entre miss Bakefield et la meurtrière.

Un seul document, celui auquel Marescal avait fait allusion, et qui était une lettre adressée à l’Anglaise