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compartiment. J’ai cette gredine en horreur. Rien ne me serait plus agréable que de la livrer à la justice et de tenir mon serment de vengeance. Or, tous mes efforts ne tendent qu’à la sauver. Pourquoi ?

La réponse à cette question, il la connaissait bien. S’il s’était intéressé à la jeune fille parce qu’elle avait des yeux couleur de jade, comment ne l’eût-il pas protégée maintenant qu’il l’avait sentie si près de lui, toute défaillante et ses lèvres sur les siennes ? Est-ce qu’on livre une femme dont on a baisé la bouche ? Meurtrière, soit. Mais elle avait frémi sous la caresse et il comprenait que rien au monde ne pourrait faire désormais qu’il ne la défendît pas envers et contre tous. Pour lui l’ardent baiser de cette nuit dominait tout le drame et toutes les résolutions auxquelles son instinct, plutôt que sa raison, lui ordonnait de se rallier.

C’est pourquoi il devait reprendre contact avec Marescal afin de connaître le résultat de ses recherches, et le revoir également à propos de la jeune Anglaise et de cette sacoche que Constance Bakefield lui avait recommandée.

Deux heures plus tard, Marescal se laissait tomber, harassé de fatigue, en face de la banquette où, dans le wagon détaché, Raoul attendait paisiblement. Réveillé en sursaut, celui-ci fit la lumière, et, voyant le visage décomposé du commissaire, sa raie bouleversée, et sa moustache tombante, s’écria :