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pas de remerciements, docteur. Croyez bien que si j’avais pu me dispenser…

L’intention de Limézy à ce moment était de prendre le pas gymnastique et d’atteindre, coûte que coûte, les deux fugitifs. Il enrageait d’avoir été ainsi roulé. Fallait-il être stupide ! Comment ! Il la tenait dans ses griffes, et au lieu de la serrer à la gorge il s’amusait à l’embrasser ! Est-ce qu’on garde des idées nettes dans de telles conditions ?

Mais, cette nuit-là, les intentions de Limézy aboutissaient toujours à des actes contraires. Dès qu’il eut quitté le docteur, et, bien qu’il ne démordît pas de son projet, il s’en revint vers la station avec un nouveau plan, qui consistait à enfourcher le cheval d’un gendarme et à déterminer ainsi le succès de l’entreprise.

Il avait observé que les trois chevaux de la maréchaussée se trouvaient sous un hangar devant lequel veillait un homme d’équipe. Il y parvint. L’homme d’équipe dormait à la lueur d’un falot. Raoul tira son couteau pour couper l’une des attaches, mais, au lieu de cela, il se mit à couper, doucement, avec toutes les précautions imaginables, les sangles desserrées des trois chevaux, et les courroies des brides.

Ainsi la poursuite de la demoiselle aux yeux verts, quand on s’apercevrait de sa disparition, devenait impossible.

— Je ne sais pas trop ce que je fais, se dit Raoul en regagnant son