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renouée par moi. J’aurais trop peur qu’elle ne suscitât encore d’autres crimes et d’autres forfaits. Je ne suis pas une héroïne.

— Qu’êtes-vous donc ?

— Une amoureuse, Raoul… une amoureuse qui a refait sa vie… et qui l’a refaite pour l’amour et rien que pour l’amour.

— Oh ! demoiselle aux yeux verts, dit-il, c’est bien grave de prendre un tel engagement !

— Grave pour moi, mais non pour vous. Soyez sûr que, si je vous offre ma vie, je ne veux de la vôtre que ce que vous pouvez m’en donner. Vous garderez autour de vous ce mystère qui vous plaît. Vous n’aurez jamais à le défendre contre moi. Je vous accepte tel que vous êtes, et vous êtes ce que j’ai rencontré de plus noble et de plus séduisant. Je ne vous demande qu’une chose, c’est de m’aimer aussi longtemps que vous pourrez.

— Toujours, Aurélie.

— Non, Raoul, vous n’êtes pas homme à aimer toujours, ni même, hélas ! bien longtemps. Si peu qu’il dure, j’aurai connu un tel bonheur que je n’aurai pas le droit de me plaindre. Et je ne me plaindrai pas. À ce soir. Venez au Théâtre-Royal. Vous y trouverez une baignoire.

Ils se quittèrent.

Le soir, Raoul se rendit au Théâtre Royal. On y jouait la Vie de bohème avec une jeune chanteuse nouvellement engagée, Lucie Gautier.

Lucie Gautier, c’était Aurélie.

Raoul comprit. La vie indépendante d’une artiste permet que l’on s’affranchisse de certaines conventions. Aurélie était libre.

La représentation terminée — et au milieu de quelles ovations ! — il se fit conduire dans la loge de la triomphatrice. La jolie tête blonde