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— Alors… alors… si l’eau est revenue… ils n’ont pas pu s’en aller et ils sont là, au fond… et alors, Tonton…

Raoul lui ferma la bouche.

— Tais-toi…

Aurélie était devant eux, le visage contracté. Elle avait entendu. Jodot et Guillaume blessés, évanouis, incapables de bouger ou d’appeler avaient été recouverts par le flot, étouffés, engloutis. Les pierres d’un mur écroulé sur eux retenaient leurs cadavres.

— C’est effroyable, balbutia Aurélie. Quel supplice pour ces deux hommes !

Cependant les sanglots de l’enfant redoublaient. Raoul lui donna de l’argent et une carte.

— Tiens, voilà cent francs. Tu vas aller prendre le train pour Paris et tu iras te présenter à cette adresse. On y prendra soin de toi.

Le retour fut silencieux et, aux abords de la maison de repos où rentrait la jeune fille, l’adieu fut grave. Le destin meurtrissait les deux amants.

— Séparons-nous quelques jours, dit Aurélie. Je vous écrirai.

Raoul protesta.

— Nous séparer ? Ceux qui s’aiment ne se séparent pas.

— Ceux qui s’aiment n’ont rien à craindre de la séparation. La vie les réunit toujours.

Il céda, non sans tristesse. Car il la sentait désemparée. De fait, une semaine plus tard, il reçut cette courte lettre :

« Mon ami,

» Je suis bouleversée. Le hasard m’apprend la mort de mon beau-père Brégeac. Suicide, n’est-ce pas ? Je sais aussi qu’on a trouvé le mar-