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La visite prodigieuse se terminait. Comme le répéta Raoul, ce qui avait été caché durant des siècles ne devait pas encore apparaître au grand jour. Nul ne devait le contempler avant l’heure où la jeune fille en serait la maîtresse reconnue.

Il ferma donc les vannes d’écoulement et tourna lentement la manivelle de l’écluse pour ouvrir les portes de façon progressive. Tout de suite l’eau s’accumula dans l’espace restreint, le grand lac se déversant par une large nappe, et les deux cascades se cabrant hors de leurs lits de pierre. Alors, ils s’en revinrent au sentier que Raoul avait descendu la veille au soir avec les deux bandits, et, s’arrêtant à mi-chemin, ils aperçurent l’onde rapide qui remontait le petit lac, cernait le soubassement des temples, et se hâtait vers la fontaine magique.

— Oui, magique, dit Raoul, c’est le mot employé par le vieux marquis. Outre les éléments des eaux de Royat, elle contient, d’après lui, des principes d’énergie et de puissance qui en font vraiment une fontaine de jeunesse, principes provenant de la radioactivité stupéfiante qui en émane, et qui s’évalue par un chiffre millicuries, selon l’expression technique, tout à fait incroyable. Les riches Romains des troisième et quatrième siècles venaient se retremper à cette source, et c’est le dernier proconsul de la province gauloise qui, après la mort de Théodose et la chute de l’Empire, a voulu cacher aux yeux des envahisseurs barbares et protéger contre leurs entreprises les merveilles de Juvains. Entre beaucoup d’autres, une inscription secrète en fait foi : « Par la volonté de Fabius Aralla, procon-