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— Je t’en prie, je t’en prie… Que veux-tu faire ?

— Te sauver… me sauver moi-même.

— Il est trop tard !

— Trop tard ? Mais la nuit est venue ! Comment, je ne vois plus tes chers yeux… je ne vois plus tes lèvres… et je n’agirais pas !

— Mais de quelle façon ?

— Est-ce que je sais ? L’essentiel est d’agir. Et puis tout de même j’ai des éléments de certitude… Il doit y avoir fatalement des moyens prévus pour maîtriser, à un certain moment, les effets de l’écluse fermée. Il doit y avoir des vannes qui permettent un écoulement rapide. Il faut que je trouve…

Aurélie n’écoutait pas. Elle gémissait :

— Je vous en prie… Vous me laisseriez seule dans cette nuit effrayante ? J’ai peur, mon Raoul.

— Non, puisque vous n’avez pas peur de mourir, vous n’avez pas peur de vivre non plus… de vivre deux heures, pas davantage. L’eau ne peut pas vous atteindre avant deux heures. Et je serai là… Je vous jure, Aurélie, que je serai là, quoi qu’il arrive… pour vous dire que vous êtes sauvée… ou pour mourir avec vous.

Peu à peu, sans pitié, il s’était dégagé de l’étreinte éperdue. Il se pencha vers la jeune fille, et lui dit passionnément :

— Aie confiance, ma bien-aimée. Tu sais que je n’ai jamais failli à la tâche. Dès que j’aurai réussi, je te préviendrai par un signal… deux coups de sifflet… deux détonations… Mais, alors même que tu sentirais