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taine ? Tout est là, dans ce détail.

— Oui, j’en suis certaine. Je me suis réveillée ici, le lendemain, et dehors, il y avait du soleil. Seulement, voilà… tout a changé… Je me vois encore ici, et cependant c’est ailleurs. J’aperçois les rochers, mais ils ne sont plus au même endroit.

— Comment ?… ils ne sont plus au même endroit ?

— Non, l’eau ne les baigne plus.

— L’eau ne les baigne plus, et cependant vous sortiez de cette grotte ?

— Je sortais de cette grotte. Oui, mon grand-père marche devant nous. Ma mère me tient par la main. Ça glisse, sous nos pieds. Autour de nous, il y a des sortes de maisons… comme des ruines… Et puis de nouveau les cloches… ces mêmes cloches que j’entends toujours…

— C’est cela… c’est bien cela, dit Raoul, entre ses dents. Tout s’accorde avec ce que je supposais. Aucune hésitation possible.

Un lourd silence tomba sur eux. L’eau clapotait avec un bruit sinistre. La table, le chevalet, des livres et dès chaises flottaient.

Il dut s’asseoir à l’extrémité du hamac et se courber sous le plafond de granit.

Dehors, l’ombre se mêlait à la lumière défaillante. Mais à quoi lui servirait l’ombre, si épaisse qu’elle fût ? De quel côté agir ?

Il étreignait désespérément sa pensée, la forçant à trouver la solution. Aurélie s’était à moitié dressée avec des yeux qu’il devinait affectueux et doux. Elle prit une de ses mains, s’inclina, et la baisa.