Page:Leblanc - La demoiselle aux yeux verts, paru dans Le Journal, du 8 déc 1926 au 18 jan 1927.djvu/255

Cette page a été validée par deux contributeurs.


fait la force de nos adversaires, c’est le grand jour, grâce auquel ils peuvent nous bloquer. L’obscurité, c’est le salut.

— Oui, mais l’eau monte pendant ce temps, dit Aurélie et il faut une heure avant que l’obscurité soit suffisante.

— Et après ? Au lieu d’en être quitte pour un bain de pieds, j’en aurai jusqu’à mi-corps.

C’était très simple, en effet. Mais Raoul savait fort bien toutes les lacunes de son plan. D’abord le soleil venait à peine de disparaître derrière le sommet des montagnes, ce qui indiquait encore une heure et demie ou deux heures de grand jour. En outre l’ennemi se rapprocherait peu à peu, prendrait position sur le sentier, et comment Raoul pourrait-il accoster avec la jeune fille et forcer le passage ?

Aurélie hésitait, se demandant ce qu’elle devait croire. Malgré elle, ses yeux fixaient des points de repère qui lui permettaient de suivre les progrès de l’eau, et par moments elle frissonnait. Mais le calme de Raoul était si impressionnant !

— Vous nous sauverez, murmura-t-elle, j’en suis certaine.

— À la bonne heure, dit-il, sans se départir de sa gaieté, vous avez confiance.

— Oui, j’ai confiance. Vous m’avez dit un jour… rappelez-vous… en lisant les lignes de ma main, que je devais redouter le péril de l’eau. Votre prédiction s’accomplit. Et cependant je ne redoute rien, car vous pouvez tout… vous faites des miracles…

— Des miracles ? dit Raoul qui