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de petits chemins rocailleux, qui la conduisirent sur la grande route où l’attendait Raoul. En le voyant, elle s’arrêta, soudain confuse et inquiète, comme une femme qui se demande, dans une minute solennelle, vers quoi elle se dirige et où l’entraînent les circonstances. Mais Raoul s’approcha et lui fit signe de se taire. C’était à lui de dire les mots qu’il fallait dire.

— Je n’ai pas douté que vous viendriez. Vous saviez que nous devions nous revoir parce que l’aventure tragique n’est pas terminée et que certaines solutions demeurent en suspens. Lesquelles ? Peu vous importe, n’est-ce pas ? Vous m’avez donné mission de tout régler, de tout ordonner, de tout résoudre et de tout faire. Vous m’obéirez tout simplement. Vous vous laisserez guider par la main, et, quoi qu’il arrive, vous n’aurez plus peur. Cela, c’est fini, la peur, la peur qui bouleverse et qui montre des visions d’enfer. N’est-ce pas ? vous sourirez d’avance aux événements et vous les accueillerez comme des amis.

Il lui tendit la main. Elle lui laissa presser la sienne. Elle aurait voulu parler et sans doute lui dire qu’elle le remerciait, qu’elle avait confiance… Mais elle dut comprendre la vanité de telles paroles, car elle se tut. Ils partirent et traversèrent la station thermale et le vieux village de Royat.

L’horloge de l’église marquait huit heures et demie. C’était un samedi, à la date du 15 août. Les montagnes se dressaient sous un ciel splendide.