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pour Aurélie et pour Brégeac, même pour Jodot et pour les Ancivel, dont je me charge. Comme toute cette affaire, au point de vue policier, repose sur toi, qu’il n’y a aucune preuve réelle, aucun indice sérieux, abandonne-la : elle sera classée.

— Et tu me rendras les lettres ?

— Non. C’est un gage. Je le conserve. Si tu ne marches pas droit, j’en publie quelques-unes, nettement, crûment. Tant pis pour toi et tant pis pour tes belles amies.

Des gouttes de sueur coulaient sur le front du commissaire. Il prononça :

— J’ai été trahi.

— Peut-être bien.

— Oui, oui, trahi par elle. Je sentais depuis quelque temps qu’elle m’épiait. C’est par elle que tu as conduit l’affaire où tu le voulais et que tu t’es fait recommander à son mari auprès de moi.

— Que veux-tu ? dit Raoul gaiement, c’est de bonne guerre. Si tu emploies, pour combattre, des moyens aussi malpropres, pouvais-je faire autrement que toi, quand il s’agissait de défendre Aurélie contre ta haine abominable ! Et puis, tu as été trop naïf, Rodolphe. Car, enfin, supposais-tu qu’un type de mon espèce s’endormait depuis un mois et attendait les événements et ton bon plaisir ? Pourtant tu m’as vu agir à Beaucourt, à Monte-Carlo, à Sainte-Marie, et tu as vu comment j’escamotais la bouteille et le document. Alors pourquoi n’as-tu pas pris tes précautions ?