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gardes. Il a son revolver et l’issue du combat est immédiate : deux coups de feu, les deux frères tombent, et Jodot s’enfuit.

» Nous sommes bien d’accord, n’est-ce pas, Marescal ? Ton erreur, mon erreur au début, l’erreur de la magistrature, l’erreur de tout le monde, c’est qu’on a jugé les faits d’après les apparences, et d’après cette règle, fort logique d’ailleurs : quand il y a crime, ce sont les morts qui sont les victimes et les fugitifs qui sont les criminels. On n’a pas pensé que l’inverse peut se produire, que les agresseurs peuvent être tués, et que les assaillis, sains et saufs, peuvent s’enfuir. Et comment Guillaume n’y songerait-il pas aussitôt, à la fuite ? Si Guillaume attend, c’est la débâcle.

» Guillaume le cambrioleur n’admet pas que la justice mette le nez dans ses affaires. À la moindre enquête, les dessous de son existence équivoque surgiront en pleine clarté. Va-t-il se résigner ? Ce serait trop bête, alors que le remède est à portée de sa main. Il n’hésite pas, bouscule sa compagne, lui montre le scandale de l’aventure, scandale pour elle, scandale pour Brégeac. Inerte, le cerveau en désordre, épouvantée par ce qu’elle a vu et par la présence de ces deux cadavres, elle se laisse faire. Guillaume lui met de force la blouse et le masque du plus jeune frère. Lui-même s’affuble, l’entraîne, emporte les valises pour ne rien laisser derrière lui. Et ils courent tous deux le long du couloir, se heurtent au contrôleur, et sautent du train.

» Une heure plus tard, après une