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trois à un n’était sans doute pas suffisante.

Il les refoula et ferma la porte sur eux.

Sauvinoux achevait sa transformation, retournait son veston, arrangeait le nœud de sa cravate et se levait. Un autre homme apparaissait. Le petit policier malingre et pitoyable de tout à l’heure, devenait un gaillard d’aplomb, bien vêtu, élégant et jeune, en qui Marescal retrouvait son persécuteur habituel.

— Je vous salue, mademoiselle, dit Raoul. Puis-je me présenter ? Baron de Limésy, explorateur… et policier depuis une semaine. Vous m’avez reconnu tout de suite, n’est-ce pas ? Oui, je l’ai deviné, en bas, dans le vestibule… Surtout, gardez le silence, mais riez encore, mademoiselle. Ah ! votre rire, tout à l’heure, comme c’était bon de l’entendre ! Et quelle récompense pour moi !

Il salua Brégeac.

— À votre disposition, monsieur.

Puis, se retournant vers Marescal, il lui dit gaiement :

— Bonjour, mon vieux. Ah ! toi, par exemple, tu ne m’avais pas reconnu ! Encore maintenant, tu te demandes comment j’ai pu prendre la place de Sauvinoux. Car tu crois à Sauvinoux ! Seigneur tout-puissant ! dire qu’il y a un homme qui a cru à Sauvinoux, et que cet homme a un grade de grosse légume dans le monde policier ! Mais, mon bon Rodolphe, Sauvinoux n’a jamais existé. Sauvinoux, c’est un mythe. C’est un personnage irréel, dont on a vanté les qualités à ton ministre,