Page:Leblanc - La demoiselle aux yeux verts, paru dans Le Journal, du 8 déc 1926 au 18 jan 1927.djvu/199

Cette page a été validée par deux contributeurs.


joues, ou qui donnaient à ses sourcils une épaisseur insolite.

— Je tire ! je tire ! Tu entends, canaille ? Je compte jusqu’à trois et je tire ! Une… Deux… Trois.

— Tu vas faire une bêtise, Rodolphe, susurra Sauvinoux.

Rodolphe fit la bêtise. Il avait perdu la tête. Des deux poings, il tira, au hasard, sur la cheminée, sur les tableaux, stupidement, comme un assassin que grise l’odeur du sang et qui plante à coups redoublés un poignard dans le cadavre pantelant. Brégeac se courbait sous la rafale. Aurélie ne risqua pas un geste. Puisque son sauveur ne cherchait pas à la protéger, puisqu’il laissait faire, c’est qu’il n’y avait rien à craindre. Sa confiance était si absolue qu’elle souriait presque. Avec son mouchoir enduit d’un peu de gras, Sauvinoux enlevait le rouge de sa figure. Raoul apparaissait peu à peu.

Six détonations avaient claqué. De la fumée jaillissait. Glaces brisées, éclats de marbre, tableaux crevés… la pièce semblait avoir été prise d’assaut. Marescal, honteux de sa crise de démence, se contint, et dit à ses deux agents :

— Attendez sur le palier. Au moindre appel, venez.

— Voyons, patron, insinua Labonce, puisque Sauvinoux n’est plus Sauvinoux, il vaudrait peut-être mieux emballer le personnage. Il ne m’a jamais plu à moi, depuis que vous l’avez engagé, la semaine dernière. Ça va ? On le cueille à nous trois ?

— Fais ce que je dis, ordonna Marescal, pour qui la proportion de