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contraire, passait dans le camp adverse. Sauvinoux, c’était…

Dans les circonstances ordinaires de sa profession, Marescal se serait débattu davantage contre l’assaut d’un fait aussi monstrueux. Mais les événements les plus fantasmagoriques lui semblaient naturels lorsqu’il s’agissait de celui qu’il appelait l’homme du rapide. Bien que Marescal ne voulût pas prononcer, même au fond de lui, la parole d’aveu irrémédiable et se soumettre à une réalité vraiment odieuse, comment se dérober devant l’évidence ? Comment ne pas savoir que Sauvinoux, agent remarquable que le ministre lui avait recommandé huit jours auparavant, n’était autre que le personnage infernal qu’il avait arrêté le matin, et qui se trouvait actuellement au Dépôt, dans les salles du service anthropométrique ?

— Tony ! hurla le commissaire, en sortant une seconde fois. Tony ! Labonce ! montez donc, sacrebleu !

Il appelait, vociférait, se démenait, frappait, se cognait dans la cage de l’escalier comme un bourdon aux vitres d’une fenêtre.

Ses hommes le rejoignirent en hâte. Il bégaya :

— Sauvinoux… Savez-vous ce que c’est que Sauvinoux ? C’est le type de ce matin… le type d’en face, évadé, déguisé…

Tony et Labonce semblaient abasourdis.