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Et soudain un rire éclata, rire nerveux, involontaire, mais qui tout de même sonnait gaiement dans l’atmosphère lourde de la pièce. C’était Aurélie, que la face déconfite du commissaire jetait dans cet accès d’hilarité vraiment intempestif. Le fait surtout que la phrase comique avait été prononcée à haute voix par celui-là même qui en était l’objet ridicule, lui tirait les larmes des yeux : « Marescal est une gourde ! »

Marescal la considéra sans dissimuler son inquiétude. Comment pouvait-il advenir que la jeune fille eût une telle crise de joie dans la situation affreuse où elle se trouvait devant lui, pantelante comme elle l’était sous la griffe de l’adversaire ?

— La situation n’est-elle plus la même ? devait-il se dire. Qu’est-ce qu’il y a de changé ?

Et sans doute faisait-il un rapprochement entre ce rire inopiné et l’attitude étrangement calme de la jeune fille depuis le début du combat. Qu’espérait-elle donc ? Était-il possible qu’au milieu d’événements qui eussent dû la mettre à genoux, elle conservât un point d’appui dont la solidité lui parût inébranlable ?

Tout cela se présentait vraiment sous un aspect désagréable, et laissait entrevoir un piège habilement tendu. Il y avait péril en la demeure. Mais de quel côté la menace ? Comment même admettre qu’une attaque pût se produire alors qu’il n’avait négligé aucune mesure de précaution ?

— Si Brégeac remue, tant pis pour