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Brégeac réfléchit. Lui aussi, il cherchait à dominer ses nerfs, et il répéta :

— Aucune raison, en effet. On s’emballe, le plus souvent, pour des motifs puérils. Je vais aller les interroger et je suis sûr que tout s’expliquera. Mais oui, absolument sûr. Car enfin les événements permettent plutôt de croire que ce n’est pas nous, mais la maison d’en face qui est en surveillance.

Aurélie releva la tête.

— Quelle maison ?

— L’affaire dont je te parlais… un individu qu’ils ont arrêté ce matin, à midi. Ah ! si tu avais vu Marescal, quand il a quitté son bureau, à onze heures ! Je l’ai rencontré. Il avait une expression de contentement et de haine féroce… C’est cela qui m’a troublé. On ne peut avoir une telle haine, dans sa vie, que contre une personne. Et c’est moi qu’il hait ainsi ou plutôt nous deux. Alors j’ai pensé que la menace nous concernait.

Aurélie s’était dressée, plus pâle encore.

— Que dites-vous ? Une arrestation en face ?

— Oui, un certain Limésy, qui se donne comme explorateur… un baron de Limésy. À une heure j’ai eu des nouvelles au ministère. On venait de l’écrouer au Dépôt.

Elle ignorait le nom de Raoul, mais elle ne doutait pas qu’il ne s’agît de lui, et elle demanda, la voix tremblante :

— Qu’a-t-il fait ? Qui est-ce, ce Limésy ?