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relevait, et sans perdre de temps, se mettait à courir vers la villa, avec une bouteille au goulot brisé et grise de poussière.

Raoul dégringola jusqu’au rez-de-chaussée afin de gagner la cave et de soustraire à l’enfant son butin. Mais la porte du sous-sol qu’il avait remarquée dans le vestibule ne put être ouverte, et il reprit sa faction devant la fenêtre de la salle.

Jodot murmurait déjà :

— Ça y est ? Tu l’as ? Ah ! chic, alors !… me voilà « paré ». L’ami Brégeac ne pourra plus m’embêter. Vite, « enfourne-toi ».

Le petit dut « s’enfourner », ce qui consistait évidemment à s’aplatir entre les barreaux du soupirail et à ramper comme un furet jusqu’au fond du sac sans qu’aucun soubresaut de la toile indiquât son passage.

Et aussitôt Jodot se dressa, jeta son fardeau sur l’épaule, et s’éloigna.

Sans la moindre hésitation, Raoul fit sauter les scellés, fractura les serrures et sortit de la villa.

À trois cents mètres, Jodot cheminait, portant le complice qui lui avait servi d’abord à explorer le sous-sol de l’hôtel Brégeac, puis celui de la villa des frères Loubeaux.

Cent mètres en arrière, Brégeac serpentait entre les arbres.

Et Raoul s’aperçut que, sur la Seine, un pêcheur à la ligne ramait dans le même sens : Marescal.

Ainsi donc, Jodot était suivi par Brégeac, Brégeac et Jodot par Marescal, et tous trois par Raoul.

Comme enjeu de la partie, la possession d’une bouteille.