Page:Leblanc - La demoiselle aux yeux verts, paru dans Le Journal, du 8 déc 1926 au 18 jan 1927.djvu/157

Cette page a été validée par deux contributeurs.


fenêtre au-dessus de l’endroit où Jodot était venu s’asseoir.

Jodot fut exact. Il arriva avec son sac qu’il appuya au pied du mur. Puis il s’assit et mangea. Et tout en mangeant, il monologuait à voix basse, si basse que Raoul n’entendait rien. Le repas, composé de charcuterie et de fromage, fut arrosé d’une pipe dont la fumée montait jusqu’à Raoul.

Il y eut une seconde, puis une troisième pipe. Et ainsi passèrent deux heures, sans que Raoul pût comprendre les motifs de cette longue station. Par les fentes des volets, on voyait les deux jambes enveloppées de loques et les godillots éculés. Au-delà le fleuve coulait. Des promeneurs allaient et venaient. Brégeac devait être en faction dans une des tonnelles du restaurant.

Enfin, quelques minutes avant midi, Jodot prononça ces mots :

— Et alors ? Rien de nouveau ? Avoue qu’elle est tout de même raide, celle-là !

Il semblait parler, non à lui-même, mais à quelqu’un qui eût été près de lui. Pourtant personne ne l’avait rejoint, et il n’y avait personne près de lui.

— Bon sang de crebleu, grogna-t-il, je te dis qu’elle est là ! Ce n’est pas une fois, c’est cent fois que je l’ai tenue dans ma main, et vue, de mes yeux vue. Tu as bien fait ce que je t’ai dit ? Tout le côté droit de la cave, comme l’autre jour le côté gauche ? Alors… alors… tu aurais dû trouver…