Page:Leblanc - La demoiselle aux yeux verts, paru dans Le Journal, du 8 déc 1926 au 18 jan 1927.djvu/154

Cette page a été validée par deux contributeurs.


ainsi que, à l’époque de leur mort, les frères Loubeaux habitaient fort peu cette villa, qui ne leur servait plus que comme entrepôt pour leur commerce de vins de Champagne. Ils s’étaient séparés de leur associé et voyageaient à leur compte.

— Leur associé ? demanda Raoul.

— Oui, son nom est encore inscrit sur la plaque de cuivre accrochée près de la porte : « Loubeaux frères, et Jodot. »

Raoul réprima un mouvement.

— Jodot ?

— Oui, un gros homme à figure rouge, l’air d’un colosse de foire. On ne l’a jamais revu par ici depuis plus d’une année.

— Renseignements d’une importance considérable, se dit Raoul, une fois seul. Ainsi Jodot était autrefois l’associé des deux frères qu’il devait tuer par la suite. Rien d’étonnant d’ailleurs si la justice ne l’a pas inquiété, puisqu’elle n’a jamais soupçonné qu’il y ait eu un Jodot dans l’affaire, et puisque Marescal est persuadé que le troisième complice, c’est moi. Mais alors pourquoi l’assassin Jodot vient-il aux lieux mêmes où demeuraient jadis ses victimes ? Et pourquoi Brégeac surveille-t-il cette expédition ?

La semaine s’écoula sans incidents. Jodot ne reparut plus devant l’hôtel de Brégeac. Mais le samedi soir, Raoul, persuadé que l’individu retournerait à la villa le dimanche matin, franchit le mur qui entourait un terrain vague contigu et s’introduisit par une des fenêtres du premier étage.