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l’empêchent encore de dénoncer publiquement Aurélie et qu’il préfère attendre la fin de la maladie. Il se prépare. Préparons-nous aussi.

Bien qu’opposé aux trop logiques hypothèses que les faits démentent toujours, Raoul avait tiré des circonstances quelques conclusions pour ainsi dire involontaires. L’étrange réalité à laquelle personne au monde n’avait songé un instant, et qui était si simple, il l’entrevoyait confusément, plutôt par la force des choses que par un effort d’esprit, et il comprenait que le moment était venu de s’y attaquer avec résolution.

— Dans une expédition, disait-il souvent, la grande difficulté, c’est le premier pas.

Or, s’il apercevait clairement certains actes, les motifs de ces actes demeuraient obscurs. Les personnages du drame conservaient pour lui une apparence d’automates qui se démènent dans la tempête et la tourmente. S’il voulait vaincre, il ne lui suffisait plus de défendre Aurélie au jour le jour, mais de fouiller le passé et de découvrir quelles raisons profondes avaient déterminé tous ces gens et influé sur eux au cours de la nuit tragique.

— Somme toute, se dit-il, en dehors de moi, il y a quatre acteurs de premier plan qui évoluent autour d’Aurélie et qui, tous quatre, la persécutent : Guillaume, Jodot, Marescal et Brégeac. Sur ces quatre, il y en a qui vont vers elle par amour, d’autres pour lui arracher son secret. La combinaison de ces deux éléments, amour et cupidité, détermine toute l’aventure. Or Guillaume est, pour l’instant, hors de cause.