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— Pourtant vous n’avez pas quitté du regard votre boîte de bonbons. Vous en êtes au dix-huitième chocolat.

— Je n’ai pas besoin de regarder pour voir, ni de réfléchir pour deviner.

— Pour deviner quoi, en l’occurrence ?

— Pour deviner que votre nom véritable n’est pas Raoul de Limézy.

— Pas possible !…

— Sans quoi, monsieur, les initiales qui sont au fond de votre chapeau ne seraient pas un H. et un V… à moins que vous ne portiez le chapeau d’un ami.

Raoul commençait à s’impatienter. Il n’aimait pas que, dans un duel qu’il soutenait, l’adversaire eût constamment l’avantage.

— Et que signifient cet H. et ce V., selon vous ?

Elle croqua son dix-neuvième chocolat et du même ton négligent :

— Ce sont là, monsieur, des initiales dont l’accouplement est assez rare. Quand je les rencontre par hasard, mon esprit fait toujours un rapprochement involontaire entre elles et les initiales de deux noms que j’ai remarqués une fois.

— Puis-je vous demander lesquels ?

— Cela ne vous apprendrait rien. C’est un nom inconnu pour vous.

— Mais encore ?…

— Horace Velmont.

— Et qui est cet Horace Velmont ?

— Horace Velmont est un des nombreux pseudonymes sous lesquels se cache…

— Sous lesquels se cache ?…

— Arsène Lupin.

Raoul éclata de rire.

— Je serais donc Arsène Lupin ?