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deux ou trois semaines, je me heurte de tous côtés à des murailles d’ombre. Ne me demandez pas plus de confiance que je n’en puis donner. Je me méfie de tout et de tous.

Il eut pitié d’elle et la laissa partir.

En s’en allant (il avait trouvé une autre issue, une poterne située au-dessous de l’avant-dernière terrasse, et qu’il avait réussi à ouvrir), il pensait :

— Elle n’a pas soufflé mot de la nuit terrible. Or, miss Bakefield est morte. Deux hommes ont été assassinés. Et je l’ai vue, elle, travestie, masquée.

Mais, pour lui aussi, tout était mystérieux et inexplicable. Autour de lui, comme autour d’elle, s’élevaient ces mêmes murailles d’ombre, où filtraient à peine de place en place quelques pâles lumières. Pas un instant, d’ailleurs — et il en était ainsi depuis le début de l’aventure — il ne songeait en face d’elle au serment de vengeance et de haine qu’il avait fait devant le cadavre de miss Bakefield, ni à rien de ce qui pouvait enlaidir la gracieuse image de la demoiselle aux yeux verts.

Durant deux jours, il ne la revit pas. Puis trois jours de suite, elle vint sans expliquer son retour, mais comme si elle eût cherché une protection dont elle ne pouvait pas se passer.

Elle resta dix minutes d’abord, puis quinze, puis trente. Ils parlaient peu. Qu’elle le voulût ou non, l’œuvre de confiance se poursuivait en elle. Plus douce, moins lointaine, elle avançait jusqu’à la brèche et regar-