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VII

Château à vendre

Le château de Volnic avait gardé son aspect de gentilhommière à tourelles et à vaste bonnet de tuiles roussâtres. Mais quelques-uns des volets pendaient aux fenêtres, démolis et lamentables, beaucoup de tuiles manquaient, la plupart des allées étaient envahies de ronces et d’orties, et la masse imposante des ruines disparaissait sous un amoncellement de lierre qui couvrait le granit des murailles et changeait la forme même des tours et des donjons à demi écroulés.

En particulier, le terre-plein de la chapelle où avait chanté Élisabeth Hornain ne se distinguait plus au milieu de ces ondulations de verdure.

Dehors, sur les murs de la tour d’entrée, à droite et à gauche de la porte massive par où l’on pénétrait dans la cour d’honneur, de grandes affiches annonçaient la mise en vente du château et donnaient le détail des logements, communs, fermes et prairies qui en dépendaient.

Depuis trois mois que ces affiches étaient collées et que des annonces avaient paru dans les journaux de la région, la porte du château s’était souvent ouverte aux heures fixées, pour permettre aux acheteurs éventuels de visiter, et la veuve Lebardon avait dû prendre un homme du pays pour défricher et approprier la terrasse et pour sarcler le chemin qui montait aux ruines. Des curieux étaient venus, en souvenir du drame. Mais la veuve Lebardon, pas plus que le jeune notaire, fils et successeur de maître Audigat, ne s’étaient départis de la consigne de silence jadis imposée. Qui avait acheté autrefois le château et qui le revendait aujourd’hui ? On l’ignorait.

Ce matin-là — le troisième matin après celui où d’Erlemont avait quit-