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— Normalement, vous auriez dû l’apercevoir tout de suite ? Normalement, elle aurait dû être sortie de l’avenue ?

— Oui.

Raoul se mit à rire doucement.

— Pourquoi riez-vous ? lui dit d’Erlemont.

Et Antonine aussi l’interrogeait de tout son être tendu vers lui.

— Je ris parce que, plus un cas paraît compliqué, et plus on veut que la solution le soit également. On ne court jamais après une idée simple, on court après des solutions extravagantes et tortueuses. Dans vos investigations, plus tard, que veniez-vous chercher ? Les colliers ?

— Non, puisqu’ils avaient été volés. Je venais chercher des indices qui pouvaient me mettre sur les traces de l’assassin.

— Et pas une fois vous ne vous êtes demandé si, par hasard, les colliers n’avaient pas été volés ?

— Jamais.

— Et jamais non plus Gorgeret, ni ses acolytes, ne se le sont demandé. On ne se pose jamais la vraie question ; on s’acharne à se poser toujours la même question.

— Quelle était la vraie question ?

— La question enfantine que vous m’avez contraint d’examiner : Élisabeth Hornain préférant chanter sans colliers ne les aurait-elle pas placés quelque part ?

— Impossible ! On n’abandonne pas ainsi de pareilles richesses à la convoitise des passants.

— Quels passants ? Vous savez parfaitement, et elle le savait aussi, que tout le monde était massé autour du château.

— Alors, selon vous, elle aurait déposé ses bijoux dans un endroit quelconque ?

— Quitte à les reprendre en redescendant dix minutes plus tard.

— Mais après le drame, quand nous avons tous accouru, nous les aurions vus ?

— Pourquoi… si elle les a mis dans un endroit où l’on ne pouvait pas les voir ?

— Où ?

— Dans ce vieux vase, par exemple, qui était à portée de sa main, et où il devait y avoir, ainsi que dans les autres, des plantes grasses, ou des plantes prospérant à l’ombre. Elle n’eut qu’à se hausser sur la pointe des pieds, à tendre le bras et