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L’AIGUILLE CREUSE

monde entier à la nouvelle de ce dénouement imprévu : Mlle de Saint-Véran libre ! La jeune fille que convoitait Lupin, pour laquelle il avait machiné ses plus machiavéliques combinaisons, arrachée à ses griffes ! Libre aussi le père de Beautrelet, celui que Lupin, dans son désir exagéré d’un armistice que nécessitaient les exigences de sa passion, celui que Lupin avait choisi comme otage. Libres tous deux, les deux prisonniers ! Et le secret de l’Aiguille, que l’on avait cru impénétrable, connu, publié, jeté aux quatre coins de l’univers !

Vraiment la foule s’amusa. On chansonna l’aventurier vaincu.

« Les amours de Lupin ! » « Les sanglots d’Arsène » ! « Le cambrioleur amoureux » ! « La complainte du pickpocket » ! Cela se criait sur les boulevards, cela se fredonnait à l’atelier.

Pressée de questions, poursuivie par les interviewers, Raymonde répondit avec la plus extrême réserve. Mais la lettre était là, et les bouquets de fleurs, et toute la pitoyable aventure ! Du coup, Lupin, bafoué, ridiculisé, dégringola de son piédestal.

Et Beautrelet fut l’idole. Il avait tout vu, tout prédit, tout élucidé. La déposition que Mlle de Saint-Véran fit devant le juge d’instruction au sujet de son enlèvement, confirma,