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de fureur qui avait lancé son mari contre elle. À tout prix, elle aussi, elle voulait agir, et agir sans une seconde de retard, et sans la moindre pensée de miséricorde.

Et c’est alors que l’ombre de la tourelle qui se projetait sur la terrasse parut s’agiter et qu’elle entendit grincer la petite porte de l’escalier,

Tout de suite elle devina, et fit à demi-voix :

— Tais-toi, Jean, pas un mot… Viens ici tout doucement.

L’enfant s’approcha. Il avait les pieds nus, et il était en chemise.

— Oh ! j’ai peur, petite mère, dit-il en s’inclinant… Pourquoi as-tu crié ?… On t’a fait du mal ? Oh ! j’ai peur, j’ai peur !…

Elle lui dit :

— On m’a frappée et attachée. Mais il n’y a plus rien à craindre… L’homme est là-bas, au bout de la terrasse. Alors, tu as le temps de couper mes cordes. Descends à le cuisine. Prends un couteau. Et puis non, non, pas ça…

Elle sentait les morsures du fil de fer qui, à plusieurs endroits, s’enfonçait dans sa peau, et elle se rendait compte que jamais l’enfant ne parviendrait à la dégager.

— Écoute, dit-elle, sans vouloir même réfléchir, écoute : va dans le bureau à papa. Il y a un fusil… tu sais… au-dessus de la cheminée… Tu monteras sur une chaise… et fais bien attention, il est chargé…

— Oh ! j’ai peur… j’ai peur… dit l’enfant, d’une voix qui grelottait.

Il s’éloigna.