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Malheureusement, un certain sous-officier rengagé fut désigné comme adjudant-major. Il se nommait Caldébras, mais on ne le connaissait que sous le sobriquet de « Petit Monsieur », sobriquet que lui-même donnait à tous ses inférieurs.

Grand et très fort, il avait l’air d’un Arabe avec ses yeux renfoncés, sa figure bronzée et sa maigreur nerveuse. En Afrique, sa conduite lui avait valu la médaille militaire. C’était bien le type du baraqué, abruti, inflexible sur la discipline, un de ces hommes qui, en temps de guerre, n’ont pas leur pareil, et meurent au poste sans broncher, un héros.

Quand « Petit Monsieur » prit la semaine, le changement fut immédiat. Il assista lui-même aux appels des consignes, contrôla la liste des absents, et les maréchaux des logis devinrent incorruptibles.

Justement mes supérieurs m’infligèrent une série de punitions qui m’empêchèrent de sortir, La nuit, je n’osais plus m’échapper. Sarah m’écrivit des lettres déchirantes. Elle se plaignait de mon abandon. Suivant elle, les officiers de la garnison la harcelaient d’œillades. Dépitée, elle me menaça d’y répondre. Cette perspective me décida. Un soir, je sautai la grille.

Ce fut une nuit délicieuse.

Dès l’aube, je regagnai le quartier et recommençai mon escalade en m’aidant d’une gouttière. Puis, j’enjambai les lances de fer qui garnissent la grille à son sommet, et je cherchais du pied une