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LE PARI



On découvrit les trois cadavres horriblement mutilés. La tête de la mère ne tenait plus au tronc que par la nuque. À la place de la poitrine les deux filles avaient un trou béant. Les trois corps étaient criblés de blessures, depuis le crâne jusqu’aux pieds. Sur le plancher, des ruisseaux, des mares de sang croupissaient.

Le plus étrange c’est qu’on retrouva dans les armoires, ou de droite et de gauche, tout l’argent, tous les bijoux, tous les bibelots de valeur. Le vol n’étant pas le mobile du crime, on fouilla le passé des malheureuses.

Après plusieurs recherches, il fut établi que l’aînée des deux filles venait de se fiancer et que, le soir même du forfait, le jeune homme dînait chez ces dames. Pourquoi cet individu cachait-il à la justice d’aussi graves détails ?

On se rendit à son domicile. C’était un blond, pâle, de figure douce et triste. Interrogé, il avoua.

Mais ses aveux n’allèrent pas plus loin. Vainement le juge d’instruction le pressa de révéler les causes de son acte. Il ne répondit pas. Son nom resta de même inconnu, ainsi que ses origines.

En cour d’assises, il dédaigna de se défendre. Le ministère public requit la peine de mort. L’avocat plaida la folie. Alors seulement l’accusé se leva, et, au milieu du silence, il dit, d’une voix nette :