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naires aventures en les conformant à son idéal, en les gratifiant de péripéties variées et de dénouements originaux — elle se remémorait la platitude des liaisons réelles, l’écœurement des mensonges, l’amertume des ruptures. Il était tout espoir, elle tout regret. La vie d’amour s’ouvrait devant lui, la sienne était close.

Une mélancolie croissante la pénétrait. Depuis sa dernière intrigue, bien des années auparavant, une sage résignation lui avait permis de supporter, sans trop de révolte, la déchéance de sa beauté. Et, soudain, voici que la magie des paroles ardentes secouait sa trompeuse quiétude. Elle comprenait combien c’est affreux, à qui fut aimé, de ne plus pouvoir être aimé, et tout ce qu’il y a d’épouvantable à vieillir quand le cœur, lui, ne vieillit pas. On dépend de sa chair. Que le temps l’avilisse, même en un jour, et l’on doit, de ce jour, supprimer ses aspirations et ses besoins de tendresse. Pour la première fois elle se sentit vieille. Elle appartenait à la foule des vieillards, de ces êtres inutiles et dé daignés, dont le corps est un objet de répulsion.

Le jeune homme continuait cependant. Et, au milieu de ses réflexions désolantes, elle perçut ses mots :

— Celle que j’attends n’aura point de prétexte à jalousie rétrospective, c’est un amour tout neuf que je lui réserve.

Une curiosité subite la brûla. Et ce