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mieux, vrai…

Il n’aurait su expliquer la cause de son refus. Il obéissait, en réalité, à une multitude de motifs obscurs, la peur de déranger la monotonie paisible de son existence, l’effroi de pénétrer dans cette vie mystérieuse et de surprendre les vilenies de cette prostituée, de sa femme. Peut-être aussi, inconsciemment, voulait-il respecter les purs souvenirs d’autrefois, et ne les point mêler aux défaillances inévitables où sa faiblesse le réduirait.

Il endossa son paletot. Elle ne poursuivit pas la lutte, et fatiguée par sa tentative, elle conclut :

— Alors… tu ne reviendras pas ?

Un remords le saisit. Elle l’apitoyait. Puis il se sentait las et triste, infiniment triste. Cependant, il fallait se séparer. Il déclara :

— Non, ça vaut mieux…ça vaut mieux…

Elle se recoucha. Il lui tendit une pièce de cinq francs. Elle eut un mouvement de recul. Il insista avec douceur et elle prit la pièce.

— Adieu, dit-il.

Il la baisa au front. Elle répondit :

— Adieu, mon ami, adieu.

Ils se regardèrent. Il avait le cœur gros. Un instant, il parut hésiter, debout devant la porte. Mais l’horloge sonna la demie. Il s’en alla…