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cette thèse était d’attribuer à la Franc-Maçonnerie, comme aux Luciférains d’autrefois, l’Adoration du Démon. Le fanatisme sincère et crédule s’empressa de développer ce thème. Le Père Joseph Müller de Vienne, dans ses Geheimnisse der Hölle (Secrets de l’Enfer), prouvait que la Franc-Maçonnerie était le culte organisé de Satan ; Jean Kostka prétendait démontrer la même théorie dans son livre Lucifer Démasqué. L’évêque de Grenoble, Mgr Fava, déclarait que la Franc-Maçonnerie n’était pas autre chose que la religion de Satan. L’archevêque Meurin, de la Société de Jésus, dans un ouvrage considérable, La Franc-Maçonnerie, Synagogue de Satan, déclare que Charleston est la Rome provisoire de la Synagogue satanique, que Satan y apparaît à ses représentants et leur donne des ordres ; car le Grand-Maître du Concile Suprême de Charleston est le Pape, le Vicaire-général de Satan sur la terre. Les rites de ce culte infernal ne sont pas seulement réservés aux grands dignitaires : l’auteur anonyme de La Loque noire déclare que le candidat même, dès sa première initiation, apprend que Lucifer est le Vrai Dieu et, pour effacer le baptême chrétien, reçoit le baptême du feu, le baptême de Lucifer.


II

Cependant le fanatisme sincère ne fut pas seul à suivre l’impulsion donnée par l’encyclique Humanum genus. Le profit possible à tirer de la situation apparut promptement aux yeux d’un homme qui incarna admirablement, dans son cynisme versatile, la civilisation décadente de cette fin de siècle. Gabriel Jogand-Pagès, plus connu sous le pseudonyme de Léo Taxil, naquit à Marseille en 1854. Il reçut, en partie chez les Jésuites, une éducation soignée et, tout jeune, se consacra au journalisme. Il ne tarda pas à se faire remarquer par son audacieux mépris de la religion et par ses virulentes attaques contre certaines personnalités. En 1876, pour éviter les effets d’une condamnation à huit années de prison, il s’enfuit à Genève ; une amnistie lui per-