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du premier invité.) Bonsoir, très-cher et très-riche monsieur Belazor ! (S’adossant à la porte.) N’entrez pas ! je m’habille ! je mets mes gants ! (À Larfaillou.) Rétrogradez, jeune homme ! pour la dernière fois, rétrogradez ! Si l’on vous trouvait ici, que penserait-on de moi ? on dirait que vous êtes mon ami intime !


LARFAILLOU, se retirant.

Alors, vous voulez pas ?


BELAZOR.

Quoi ?


LARFAILLOU.

Pour la petite.


BELAZOR.

Mais non.


LARFAILLOU.

Vous avez ben tort, allez !


BELAZOR, le poussant dehors.

Rétrogradez !


LARFAILLOU.

Dites donc, p’tit vieux, si vous changiez d’idée, faudrait me le faire dire. Je suis pas fier, moi ! (Il sort.)


BELAZOR.

Va-t’en au diable !


Scène III

BELAZOR, Les Invités.


Les Invités se ruent sur la scène et serrent les mains de Belazor.


PREMIER INVITÉ.

Monsieur Belazor, fasse le ciel, à l’occasion de votre fête, vous conserve-t-il une santé dont nous lui rendons hommage et vos nonante-trois millions qui en sont après vous le plus bel ornement. (Les Invités se prosternent sur deux rangs, à droite et gauche de Belazor.)


BELAZOR, d’un air profondément dégoûté.

Oui, messieurs, je suis riche, passionnément riche ; mais qu’est-ce que la richesse ? Peuh ! j’ai des amis, beaucoup d’amis dont la platitude fait mon bonheur. Peuh ! le ciel, qui me veut du bien et à qui j’en veux également, m’a donné une fille charmante, que vous verrez tout à l’heure ; elle doit me faire une surprise, et mon cœur s’en réjouit à l’avance. Peuh ! richesses, considération, bonheur, il ne me manque rien ; et, d’ailleurs, s’il me manquait la moindre chose, je la ferais acheter sur-le-champ ; j’en ai le moyen.