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2 LE TOUR DU MONDE.

mécontentes d’un gouvernement qui les taxait au delà de leurs forces, et les marchands d’esclaves, dont Gordon avait supprimé le trafic. Repoussées d’abord d’El-Obeïd, les troupes du Mahdi infligèrent ensuite une série de défaites aux Égyptiens, et les 12 000 hommes que Hicks Pacha réunit contre elles, en 1883, furent anéantis jusqu’au dernier dans le Kordofan.

À ce moment l’Angleterre exerçait, depuis plus d’un an, le protectorat de l’Égypte, que lui avaient donné la facile victoire de Tell-el-Kébir et l’abstention, à jamais regreltable, de la France. Bien que le gouvernement anglais eût déclaré qu’il se désintéressait des affaires du Soudan, 1l devait comprendre que la défaite de Hicks mettait Khartoum en danger, et que la chute de Khartoum menacerait l’Égypte elle-même. D’ailleurs le gouvernement khédivial ne pouvait se résoudre à abandonner les conquêtes d’Ismail.

La lutte reprit donc contre les rebelles, mais avec le même insuccès. En décembre 1883, Baker se faisait battre à Tokar, près de Souakim, et laissait sur le champ de bataille les deux tiers de son armée. C’est alors qu’on songea à envoyer à Khartoum le général Gordon. :

De 1874 à 1876, Gordon avait travaillé dans le haut Soudan suivant les lignes tracées par sir Samuel Baker, se conciliant les indigènes, écrasant les caravanes de marchands d’esclaves, détruisant leurs stations, et, par une série de forts, étendant l’autorité du khédive jusqu’à l’Albert-Nyanza. Après quatre mois de repos, 1l fut nommé gouverneur général du Soudan, du Darfour et des provinces équatoriales. Un de ses lieutenants fut Edouard Schnitzier, Allemand né à Oppeln en Prusse, le 28 mai 1840, de parents israélites. Il avait servi en Turquie, en Arménie, en Syrie et en Arabic sous les ordres d’Ismaïl Hakki Pacha, ancien gouverneur général de Scutari et mouchir de l’empire ottoman, À la mort de son patron il passa plusieurs mois à Neisse, où habitait sa mère ; il partit ensuite pour l’Égypte, puis, en 1875, pour Khartoum, où Cordon lemploya d’abord en qualité de docteur. Il prit alors le nom et le titre d’Emin Effendi Hakim (« le fidèle médecin »}). Envoyé à Lado pour garder le magasin et soigner les malades, et au roi Mtesa pour remplir une



Emin Pacha. — Gravure tirée de l’édition anglaise.


mission politique, rappelé à Khartoum, puis dépêché auprès de Kabba Réga, rot de l’Ounyoro, il fut en 1878 élevé à la dignité de Bey, puis chargé d’administrer la province de l’Equatoria (en arabe Hatal Astiva).

À la nouvelle de la déposition d’Ismaïl, Gordon remit ses hautes fonctions entre les mains de Tewfñk en l’avertissant qu’il ne comptait pas les reprendre, Il s’essaya ensuite à diverses missions et entreprises qu’il est inutile de rappeler 1e1. [1 se trouvait en Angleterre, lorsque Stanley, qui avait besoin d’un collègue au Congo, pria Le roi des Belges de s’assurer le concours du général. Celui-ci, après beaucoup d’hésitations, finit par accepter. Mais quand sa réponse parvint à Stanley, au printemps de 1884, il avait été appelé ailleurs, sur un autre théätre, où il devait laisser sa vie : 1l était déjà à Khartoum.

Tout le monde a présentes à l’esprit les péripéties de sa mission, mal définie dès l’abord. Parti pour évacuer la garnison de la ville, il se trouva bientôt bloqué par les rebelles, et, sous la pression de l’opinion publique, une armée fut envoyée à son secours. Les victoires qu’elle remporta n’em pêchèrent point la catastrophe finale. Le 26 janvier Khartoum était pris par trahison, Gordon tué, et l’armée anglaise forcée de redescendre le fleuve.

Le Darfour, le Kordofan, le Senaar, le Bahr-el-Chazal étaient également au pouvoir des mahdistes ; Kassala suivit bientôt, et de toute la longueur et de toute la largeur de cet immense Soudan égyptien il ne restait plus qué la Province Équatoriale, dont le gouverneur était Emin Bey Hakim.

Par suite de l’insurrection, Emin Bey était depuis dix-neuf mois sans nouvelles de Khartoum ; il tenait bon pourtant, il avait résisté victorieusement aux rebelles qui venaient d’occuper le Bahr-el-Ghazal, et rendait, dans des lettres qui parvenaient en Europe, ün hommage éclatant à la valeur de ses soldats nègres.

En apprenant la chute de Khartoum, il se vit contraint d’évacuer ses stations extrêmes, et de concentrer dans son voisinage ses soldats et leurs familles, Attendant des secours, tout au moins des instructions, 1l se rendit à Ouadelaï, pensant, dans le cas où le Soudan serait définitivement abandonné, à renvoyer ses Égyp-