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Les chevaliers de l’Hôpital en Palestine, à Chypre et à Rhodes.

Les religieux de l’ordre de Saint-Jean s’étaient voués au service des pauvres : mais hommes de guerre avant d’être moines ou infirmiers, ce n’était point sans une préférence bien naturelle pour la cotte de mailles qu’ils la revêtaient sur leur froc, toutes les fois que l’occasion s’en présentait, ce qui arrivait souvent. Aussi cette vaillante cohorte prit-elle largement sa part de tous les combats qu’eurent à soutenir les croisés contre les infidèles qu’ils harcelaient sans cesse ; et, par son dévouement, comme par sa discipline à laquelle obéissait chacun de ses membres, elle était le plus solide rempart du saint sépulcre.

La renommée des Hospitaliers, de leurs exploits et des bienfaits que recevaient d’eux les pèlerins de tout pays, continuait à s’étendre dans tout l’Occident. Leurs vertus touchèrent tellement les souverains et les princes, que c’était à qui d’entre eux leur ferait des dons. Aussi n”y eut-il pas, en peu de temps, une contrée où l’Hôpital ne comptât des propriétés importantes. L’argent n’était pas le seul secours que les différents pays d’Europe envoyassent aux Hospitaliers : il accourait sous leur bannière une foule de jeunes gentilshommes. Le nombre considérable des auxiliaires que l’ordre recevait ainsi, et la diversité des langages qu’ils parlaient, obligèrent le chef ou grand maître de l’Hôpital à les diviser et à les grouper selon leur nationalité. — De là ce mot langue, par lequel on distinguait les diverses compagnies d’Hospitaliers. — Il y eut dans le principe sept langues : celles de Provence, d’Auvergne, de France proprement dite, d’Italie, d’Aragon, d’Allemagne et d’Angleterre. Cette division subsista jusqu’au dernier jour de l’existence de l’ordre, avec cette modification que, lorsque l’Angleterre se sépara de Rome et devint schismatique, la dernière langue fut supprimée, et que plus tard on ajouta celles de Castille et de Portugal.

En Palestine, cette milice chrétienne avait répandu son sang dans toutes les plaines depuis Damiette jusqu’à Antioche. Combattant toujours au premier rang, elle