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III

Retour en Orient. — Les parties inconnues de la Syrie.

D’Amérique nous revenons en Orient, et c’est d’abord un voyage archéologique qui nous y rappelle.

Il y a au fond de la Syrie, à l’orient des grandes montagnes littorales et au midi de Damas, une contrée qu’on nomme le Haourân. Couverte de ruines innombrables et habitée seulement par quelques tribus à demi pastorales, cette contrée, où pénètrent peu d’Européens et où se sont réfugiés, il y a deux ans, les Druses échappés du Liban, fut une des plus belles provinces et des plus populeuses de la Syrie romaine. L’invasion des Arabes sous les premiers khalifes en a commencé la ruine ; la domination destructive des Ottomans l’a consommée. Sur la frontière orientale du Haourân, et formant en quelque sorte le vestibule du désert qui de là se prolonge jusqu’aux rives du bas Euphrate, il existe un canton de nature volcanique, présentant l’aspect d’un pays bouleversé par les feux intérieurs : on le nomme le Safah. Ce canton, de même que le désert pierreux de Harra qui lui est contigu, est pour les tribus voisines une terre de légendes ; jusqu’à ces derniers temps aucun Européen n’y avait pénétré. Un voyageur anglais, M. Gyril Graham, etM. Wetzstein, consul de Prusse à Damas, sont les premiers qui presque simultanément, il y a quatre ans environ, en aient forcé la barrière. Les récits que tous deux en ont faits étaient de nature à exciter vivement la curiosité, notamment la singulière découverte de plaines entières couvertes de pierres qu’on pourrait presque comparer aux cailloux de nos grèves, et sur un grand nombre desquelles on voit tracées les images grossières de palmiers ou d’animaux, fréquemment accompagnées de mots ou de noms en caractères archaïques dont plusieurs rappellent les plus vieilles inscriptions de la Phénicie et de l’Arabie méridionale. C’était comme une énigme jetée aux archéologues de l’Europe.

Forêt morte, à la limite des sapins de Sikim. — Dessin de A. de Bar d’après MM. Schlagintweit.

Deux d’entre eux en ont voulu chercher le mot sur les lieux mêmes. Au commencement de cette année, M. le comte Melchior de Vogué et M. Waddington, connus l’un et l’autre depuis longtemps par de savantes recherches en Palestine et en Asie Mineure, ont pu renouveler avec le même succès la tentative de MM. Graham et Wetzstein, et ont même poussé plus loin que leurs devanciers. Ils ont revu le Harra et le Safah, et en ont rapporté plusieurs centaines de pierres écrites ou de copies d’inscriptions. Voici ce que dit M. Vogué à ce sujet : « Le trait particulier du Salah, ce sont ses inscriptions. Il y en a par milliers sur les rochers, sur des pierres isolées, et principalement sur et autour de petites accumulations en partie artificielles, en partie naturelles, nommées Ridjm. L’alphabet est très-singulier, mais fort simple ;