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bras habiles avec leurs fines galères, et plus tard suivirent successivement Scipion, Pompée ou Jules César.

La mer n’était pas le seul théâtre sur lequel les Rhodiens surpassaient leurs rivaux. Ils s’étaient fait remarquer encore dans la jurisprudence, les lettres et les arts. Leur code naval fut longtemps la règle de toutes les nations dans les conflits maritimes. Indépendamment de leurs écoles d’éloquence et de philosophie, qui ne le cédaient en rien à celle de la Grèce, et que Cicéron lui-même ne dédaigna pas de visiter, ils pouvaient à juste titre se glorifier de leurs travaux artistiques. La ville de Rhodes possédait un grand nombre de statues qui, malheureusement, ont disparu, soit dans les tremblements de terre qui ont ravagé l’île à différentes époques, soit en tombant aux mains des barbares qui les mutilèrent. Mais on peut se faire une idée du savoir auquel les sculpteurs de Rhodes étaient parvenus par la seule de leurs œuvres qui ait été conservée jusqu’à nous. Ce sont les quatre chevaux de bronze qui figurent aujourd’hui au-dessus de la grande porte de la basilique de Saint-Marc, à Venise. Ils sont attribués à Lysippe, qui, abandonnant son marteau de serrurier pour le ciseau de sculpteur, était venu se former à l’école de Rhodes. Il avait attelé ses coursiers au fameux quadrige monté par Apollon, et dont les Rhodiens avaient fait présent à Alexandre. Transportés à Corinthe, puis enlevés, par ordre du César de Constantinople, pour figurer dans cette ville parmi tous les chefs-d’œuvre qui devaient orner la Rome orientale, ils y furent pris, en 1204, par les Vénitiens qui en firent hommage à leur saint patron. Ce sont ces magnifiques chevaux attelés au char destiné au conquérant macédonien, qui vinrent, pendant quelques années, surmonter l’arc de triomphe placé devant le palais des Tuileries, pour rappeler les victoires de l’Alexandre français. Mais jouets du sort et des batailles, et devenus le prix du vainqueur, ils sont retournés à Venise.

Tour Saint-Michel, à Rhodes.
Porte du bazar, à Rhodes.

Parmi les autres œuvres remarquables qui ont honoré cette petite république, on ne peut passer sous silence le célèbre colosse. Cet ouvrage gigantesque fut confié à un sculpteur du nom de Charis, natif de Lindos et élève de Lysippe. Le métal dont il fut fait était extrait d’une mine située dans la partie sud de l’île. Il en fallut neuf cent mille livres. Mais Charis travaillait depuis longtemps à sa statue, lorsqu’il mourut avant d’avoir pu la terminer. Continuée par un de ses disciples qui n’y employa pas moins de douze années, elle coûta trois cents talents, équivalant à un million et demi de francs. Selon Pline, sa hauteur était de soixante-dix coudées, ou trente mètres