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V

Arrivée d’émigrants. — Les recrues de la terre des Saints.

M. Stenhouse, une notabilité parmi les Saints, me proposa un jour d’aller avec lui au-devant du convoi de charrettes à bras qu’on attendait le lendemain, et m’offrit de me signaler les faits intéressants. J’ai vu presque tous les jours cet éminent personnage, qui est non-seulement Elder, mais grand prêtre, et j’y ai trouvé autant de plaisir que de profit. Nous évitions naturellement ces points mystérieux, qu’en ma qualité de profane je n’avais pas le droit de pénétrer ; mais sur tous les autres, l’Elder se montrait communicatif et me permettait d’user librement de ses connaissances.

Réception d’un néophyte mormon. — Dessin de David d’après le général Bennet.

On doit penser qu’en fidèle Mormon, il devait se placer au point de vue exclusif de sa doctrine ; j’ai donc soumis tous ses renseignements, toutes ses appréciations au contrôle de l’opinion adverse ; et toutes les fois que j’ai blâmé quelque chose dans le système qu’il admire sans réserve, ce n’est pas à lui que ses coreligionnaires doivent l’attribuer. J’étais frappé de sa foi robuste et de la soumission qu’il imposait à son intelligence. « Qu’est-il advenu des tables d’or ? lui demandai-je un soir ; d’après les Gentils, vous croiriez qu’un ange les a enlevées quand leur mission fut accomplie. — Je n’en sais rien, répondit-il ; le Mormonisme est la seule doctrine qui possède la vérité ; ma croyance en lui est indépendante de ces faits secondaires, et je ne m’en occupe pas. » J’avais sous les yeux l’un de ces exemples d’absorption morale où tombe celui qui, acceptant une idée absolue, arrive par la force de l’habitude à ne plus voir et à ne plus comprendre autre chose.

Le lundi, comme le soleil montait vers l’horizon, M. Stenhouse vint m’annoncer que le convoi était déjà sorti de la Passe-Dorée. Il n’y avait pas de temps à

    à franchir le voile, en répétant la série de formules précédentes ; on découpe avec des ciseaux certaines marques sur le devant de nos chemises ; on nous murmure à l’oreile un nouveau nom prononcé d’une manière inintelligible, et cette espèce de draperie de coton une fois traversée, nous voilà définitivement « dans le royaume céleste de Dieu ! » Les hommes se retournent pour recevoir leurs femmes, qui ont à répéter la même cérémonie. Dans ce « royaume céleste, » nous trouvâmes Brigham et plusieurs autres qui attendaient « le sermon d’initiation » prononcé pour la circonstance. Avant ce sermon on nous permit de reprendre nos habits, tout en gardant le fameux vêtement de dessous. Il était près de quatre heures ; nous primes une légère collation et retournâmes « au royaume céleste » pour entendre le discours. C’est à H. C. Kimball que revenait la commission d’expliquer l’allégorie en donnant un tour sérieux à l’affaire, avec force répétitions des différentes formules de signes et modes de reconnaissance. Il termina par des conseils et des menaces. C’était le dénoûment de la pièce. »

    (Le Mormonisme, ses chefs et ses desseins, par Hyde, ancien ministre de cette religion.)