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églises de plusieurs villes d’Espagne et dans celles de Barcelone en particulier.

Avant de dire adieu à Barcelone, nous voulûmes faire une excursion au fameux couvent de Monserrat, dont la Vierge, en grande vénération dans toute la Catalogne, a fait d’innombrables miracles.

Ce couvent est bâti sur un pic de plus de trois mille pieds de hauteur, près duquel s’élèvent d’autres montagnes de forme conique, dont les sommets, vus à une certaine distance, ressemblent assez aux dents d’une scie : de là le nom de Monserrat, qui signifie en catalan : « montagne en forme de scie. » Depuis la suppression des couvents espagnols, il y a environ vingt-cinq ans, celui de Monserrat a perdu son ancienne splendeur, et offre aujourd’hui l’image de la plus grande désolation ; en revanche, on jouit de la terrasse de la vue la plus splendide, la mer, qui n’est qu’à dix lieues et apparaît comme une immense ligne bleue, et devant soi on a le grandiose panorama des Pyrénées, dont les cimes rosées se détachent sur l’azur foncé du ciel.

La Rambla à Barcelone. — Dessin de G. Doré.

Tarragone, à la même distance de Barcelone, mais dans la direction du sud, est une petite ville où l’on se rend par mer en quelques heures. C’était, à l’époque romaine, la ville la plus importante de la Péninsule, et la population, si l’on en croit les historiens, s’élevait à un million d’habitants. La ville actuelle est presque entièrement bâtie avec les débris de la ville ancienne ; à chaque pas on aperçoit une inscription tronquée ou quelque fragment de bas-relief antique. La cathédrale est une des plus anciennes qu’il y ait en Espagne ; dans le cloître, nous remarquâmes une belle arcade en fer à cheval du style arabe le plus pur, dont les ornements et les inscriptions, qui remontent au moins au dixième siècle, sont très-finement fouillés par le marbre.

Malgré l’ancienne splendeur de Tarragone, nous ne vîmes dans les environs, en fait de ruines romaines, qu’un aqueduc passablement conservé et un tombeau en ruines, situé près de la mer, et auquel la tradition a donné le nom de Tour des Scipions : Torre de los Escipiones.

Nous avons retenu nos places sur l’impériale de la diligence qui fait le trajet de Barcelone à Valence ; impatients de voir ce paradis des poëtes arabes, nous n’eûmes garde de manquer l’heure, et vers le soir nous étions à notre poste : notre long attelage de dix mules était au complet, une grêle de coups de fouet et de coups de bâton donna le signal du départ ; la lourde machine s’ébranla malgré les ruades lancées à droite et à gauche, et la nuit tombait déjà quand nous perdions de vue la vieille capitale de la Catalogne.

Ch. Davillier.

(La suite à la prochaine livraison.)